#HS2

Médias en Seine

Comment les jeunes imaginent l'avenir de l'info

17/10/2019

Lors du festival Médias en Seine, le 8 octobre à Radio France, A Parte a ouvert son micro.

Aux jeunes, étudiants, journalistes ou entrepreneurs des médias, nous avons posé cette question : à quoi pourrait ressembler l'info en 2029 ? Quels formats, quels sujets vont s'imposer, selon eux ?

Ces nouvelles voix dessinent de manière impressionniste une fresque du futur de l’information, avec de plus en plus de stories et de moins en moins de télévision. Un monde où les chatbots et les podcasts auront trouvé leur place. Sur le fond, quand on les interrogent sur les thèmes qu’ils aspirent à voir plus dans les médias, l'éducation, l'environnement ou encore l’hyper-connectivité émergent nettement.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont pris la parole pour ce numéro Hors Série d’A Parte.

Interview écrite

Florence, en master 2 au Celsa filière communication médias et numérique.

« Je pense que la télé n'est pas morte mais d'ici 25 ans à mon avis, qu’après nos parents et tous ceux qui sont très fidèles à la télé comme média fédérateur, la télé va tendre à disparaître dans notre génération millénial - même si ça ne veut rien dire les millenials...

Le direct aura toujours une partie importante dans l'information mais les contenus comme les séries etc. vont tous basculer sur des offres sur Internet. Netflix pourrait tout simplement avoir ses propres talk shows, en plus des documentaires mis en exclusivité etc.. Comme cette plateforme est utilisée par un grand nombre de personnes, je pense que ça va encore évoluer et je pense qu'au fur et à mesure les médias dits traditionnels vont basculer sur une offre à la demande.

Sur Netflix, ils ont une jolie ergonomie et quand il y a un nouvel épisode, il est épinglé tout en haut de notre fil d'actualité de contenu.

Je pense qu'on a l'esprit assez ouvert pour contrer un peu les algorithmes et faire nos propres recherches. Nos goûts sont peut-être formatés par des plateformes qui calculent nos envies, nos désirs… mais je pense que si on est assez malins et assez curieux on peut tenter de les déjouer et accéder à plus de contenu qui nous intéresse. »

Assen Lekarsky, co-fondateur de la startup Newspayper.

«Newspayper était initialement un chatbot de revue de presse sur Messenger et aujourd'hui on se transforme progressivement en une agence de conseil en création de chatbot. On a une activité B2B qui se développe aussi. De fait nous on bosse sur le chatbot, en particulier sur Messenger, et c'est vrai que c'est un canal qui est assez facile d'utilisation. L'avantage que ça peut avoir et ce qui peut permettre sa démocratisation par les médias, c'est que par exemple il n'y a pas d'applications à télécharger. On a juste à chercher le nom d'un média pour pouvoir commencer à discuter avec ce média et recevoir des news personnalisées. Donc tout ça c'est assez puissant. Un média à mon avis va devoir dans le futur beaucoup travailler son image de marque, éviter d'être un média générique s'il veut survivre . La gestion de communauté va être cruciale pour eux.

Par exemple, avec Sciences et Avenir on va bientôt lancer le concept des ultra-brèves dans Messenger : les journalistes la rédaction sélectionnent les meilleurs articles de la journée et c'est déjà un article qui est mis dans la fontpage , dans la newsletter etc. D'ailleurs il l'utilisent aussi sur Alexa. Ce format-là, on va aussi l'adapter pour envoyer les ultra-brèves, la sélection des 4-5 meilleurs articles de la journée sur Messenger, tous les jours de la semaine.

Sur Messenger déjà des codes à respecter : sur la longueur du texte, l'utilisation de médias pour enrichir, les photos etc.. Mais surtout il faut que le contenu soit intéressant. C'est le principal.

Depuis plusieurs mois on fait des tests aussi en interne avec la Montagne et là on réfléchit à un projet autour des municipales: comment recueillir des informations de la part de la communauté des lecteurs de la Montagne, leur impression sur le bilan municipal, leurs préoccupations pour les municipales etc. L'idée est d’avoir une sorte d'assistant compagnon des municipales éditorialisé, qui va poser des questions, recueillir des infos, voire trouver des gens pour les journalistes. c'est-à-dire que le chatbot va permettre de détecter s'il existe un individu parmi la communauté qui correspond à une problématique qu'un journaliste veut traiter. Si par exemple un journaliste veut parler des problèmes de logement pour les retraités, s'il y a quelqu'un qui a indiqué au bot qu'il est retraité et qui en plus sa préoccupation c'est le logement, on va pouvoir faire une mise en relation. Et en plus ce contenu produit pourra être envoyé aux utilisateurs du bot, donc vraiment c'est une boucle vertueuse qu'on essaie d'imaginer. J’espère que ça va sortir avant la fin de l'année parce que c'est bientôt les municipales. »

Lisa, étudiante en journalisme.

« De toute façon on est dans une génération qui est de plus en plus sur les écrans. C'est vrai que la presse écrite à proprement parler malheureusement se perd. Et qu'il y a de plus en plus de nouveaux formats qui développent notamment sur les réseaux sociaux avec Instagram, Twitter, Snapchat, avec les stories de certains médias pour traiter sur des formats plus courts, l'information. Je pense qu'on va se tourner vers ça. Sur Instagram, maintenant je suis de plus en plus de médias. Instagram me permet de suivre l'actualité en photos. C'est ludique, on est plus facilement happé par l'information avec une photo bien faite, bien réalisée.

Je m’intéressée au rapport aux écrans, avec la question de l'hyper-connectivité. Je trouve qu'on n'en parle pas assez alors que finalement ça nous touche tous. On est tous confrontés aux écrans, on est tous amenés dans notre vie privée ou au travail, à être en contact avec les écrans. Je voudrais traiter de l'impact que ça peut avoir sur nos vies. C'est un peu paradoxal puisque je voudrais le traiter sur les réseaux sociaux. Donc forcément sur les écrans... »

Nathan Gallo, assistant de recherche au Reuters Institute.

« Je travaille dans un centre de recherche qui s'intéresse aux modèles économiques autour des médias et aux nouvelles formes médiatiques. Actuellement, je travaille sur le podcast. Ce qui est intéressant c'est de voir les évolutions. Il y a quelques années on parlait de la vidéo, tous les médias se lançaient sur la vidéo sur les réseaux etc. Maintenant c'est le podcast et tout le monde essaie de se positionner là dessus.

Pour l'instant on voit bien les formes qui émergent le plus ça reste les nouvelles narrations qui marchent le mieux. Des formats par exemple des séries de faits divers, des séries de documentaires. très courtes affichent plusieurs milliers de téléchargements. En France ça émerge, aux Etats-Unis c'est le boum.

Je pense qu'il va y avoir globalement un morcellement du paysage médiatique où chacun ira vers des sujets, des thématiques qui lui plairont avec une multitude de plateformes et des petits médias indépendants et chacun ira piocher.

Il me semble qu'il y a une manière nouvelle de parler d'environnement et d'enjeux socio-économiques. Tout ce qu'on voit par exemple avec les travailleurs du net, les forçats du net, ce modèle qu’on disait « disruptif » se transforme en une machine à broyer les humain, le code du travail. C'est quelque chose à mon avis qui peut être intéressant à étudier dans les prochaines années. Il faut vraiment avoir une attitude très très critique sur les géants du Net. Le numérique va être l'espace dans lequel les médias vont étudier, donc c'est forcément il faut s'y intéresser.

Delphin, 25 ans, designer de produits numériques.

« Je fais des applications et des sites web, surtout en travaillant sur des sites avec beaucoup de contenus, des médias notamment.

Outre la vidéo qui explose depuis quelques années, ce qui est intéressant, c'est le format des Stories. C'est une autre façon de raconter de raconter des choses et je trouve ça très intéressant parce que ça mêle autant des visuels que du texte que la vidéo. Je trouve que c'est assez complet et en même temps ça peut être très efficace. Sur Instagram, je pense qu'il y a du potentiel là dessus comme ça. Moi je pense à ce que fait Rad, le laboratoire de Radio-Canada le laboratoire. Leurs stories sont plutôt des moyens de ramener vers leurs vidéos, leurs longs reportages. Visuellement parce que je suis designer, je trouve ça très très intéressant. C'est très bien travaillé. Il y a aussi l'incarnation, on voit beaucoup les journalistes qui sont dedans et s'identifie un peu à eux. Il y a une grande tendance, c'est l'écologie bien sûr. Je trouve que c'est intéressant d'en parler mais moins sur l'aspect scientifique où il y a un consensus sur le dérèglement climatique, mais plutôt sur comment les gens se l'approprient et comment ils veulent changer leur façon de vivre en société pour vivre avec un changement climatique. »

Lorène, étudiante en troisième année de lettres à Paris Diderot.

« Le sujet que j'aimerais voir plus dans les médias c'est l'éducation, les éducations alternatives. L'éducation est trop trop bloquée sur un modèle, par rapport à d'autres pays comme la Suède.

L'info dans 10 ans, peut être sous forme de stories. Moi j'aime pas trop les stories mais je sais qu'il y a beaucoup de plateformes qui mettent en place plein de stories. Même les journaux.

Les podcasts, même 30 minutes, c'est un format qui marche parce que l'on peut écouter partout. Alors que la presse écrite par exemple c'est assez compliqué de lire dans les transports. Tout ce qui est visuel et audio. On va perdre le côté rédactionnel mais on va pouvoir gagner en audio.

Maxime, 19 ans, étudiant en deuxième année d'études à l’EFJ, l'école française de journalisme.

« Je suis passionné de sport et de gastronomie. Ce sont les deux sujets qui m'intéressent le plus. Je vois pas mal d'informations dans plusieurs années sur Twitch. C'est une plateforme live sur Internet. Après je pense que l'information pour le plus grand nombre restera sur les formats comme la radio et la télé même malgré si souvent on prédit la mort de la radio et de la télé. Moi je pense que la radio en France a une place extrêmement importante, contrairement à d'autres pays européens. Et sans la télé, le sport a beaucoup de mal à résonner. Mes sujets ? Le foot européen. Ou alors le biathlon. C'est un sport qui émerge depuis quelques années. Sinon un rapport entre le sport et la gastronomie, peut être un rapport entre les deux.

Inès, étudiante en première année de BTS communication.

« Je pense on regardera de moins en moins la télé. Nous les jeunes on est en manque d'information. Il faudrait développer ça. »

Sanaa, fondatrice du webzine 33 Carats.

« Ce webzine traite de l'impact de la culture hip hop sur la société. Je mets en valeur toutes les personnes qui ont été influencées par cette culture dans leurs projets, que ce soit dans l'entreprenariat ou dans leur passion. J'ai fait une thèse l'année dernière justement sur les modèles économiques des médias et on se rend compte que de plus en plus on cherche à atteindre des niches en fait, plus que le grand public. Moins de médias de masse, plutôt des médias destinés soit à des communautés ou soit des personnes qui partagent le même intérêt.

Je pense que les médias vont évoluer, vers l'audio aussi. Donc les podcasts et la vidéo. Les gens lisent de moins en moins. Moi j'en suis triste mais il faut développer de plus en plus la vidéo et les formats interactifs permettront aux lecteurs et followers de participer activement à la création du média. »

Benoit, 27 ans, journaliste.

« De plus en plus je me concentre sur le sport et même essentiellement le cyclisme. C'est là dessus que j'ai les opportunités et les événements les plus intéressants à couvrir. Les formats ont énormément évolué depuis 10-15 ans mais aussi même en fait juste depuis un ou deux ans. Peut-être parce qu'on est en train petit à petit de s'approprier les outils et aussi simplement parce que ces outils sont de plus plus plastiques et plus faciles à modifier avec le numérique.

On peut produire plein de contenus différents et ça ouvre énormément de possibilités, qui intéressent à la fois les journalistes et le public. Je vois les possibilités de narration exploser et le public piocher un peu ce qui l'intéresse ou ce qu'il trouve, parce que ça va être aussi plus difficile de s'y retrouver dans toute cette offre.

J'arrive un peu en retard mais je m'intéresse plus aux podcasts en ce moment, j'ai de nombreux moments où je peux facilement me mettre le casque sur les oreilles et écouter une demi-heure 45 minutes.

Malgré tout, je trouve que la consommation de l'audio par rapport à la consommation de l'écrit a un inconvénient : c'est beaucoup plus difficile de se repérer dans son sujet. Si je suis en train de lire un article, même s'il fait 25.000 signes ça va être beaucoup plus simple pour moi de m'arrêter et le reprendre le lendemain ou même simplement de remonter trois lignes parce que je veux retrouver quelque chose pour mieux comprendre ce que je suis en train de lire par rapport à un format audio. Je me demande s'il y a peut être des moyens de faciliter l'accès à la consommation de l'audio. »

Axel, 29 ans, journaliste-pigiste pour France 24.

« D'ici 2029, la scission entre les médias papier et numérique sera encore plus forte : il y aura surtout une scission générationnelle entre ceux qui sont nés e dans l'ère "pré-internet" avec aux formats réguliers comme le journal de 20 heures, la presse quotidienne... et ceux qui sont nés avec l'explosion de l'information en ligne et le numérique.

Je pense que d'ici dans quelques années on ne se posera même plus la question de qui produit l'information mais de la lire et de la percevoir. Savoir qu'elle a été produite par tel ou tel média c'est plus qui est important. De plus en plus les grands monuments de l'information vont se diriger vers quelque chose de plus éclaté de l'information, l'info avant tout. Après, qui la produit... »

Tatiana, 20 ans, étudiante en journalisme à Sciences Po.

« Moi je pense d'abord au chatbot, quelque chose qui serait beaucoup plus interactif, qui impliquerait le lecteur ou l'auditeur, qui serait beaucoup moins passif par rapport à l'information, qui l'absorberait moins comme ça... On pourra ainsi avoir plus d'impact dans l'audience, essayer de comprendre quel aspect de l'article intéresse le plus et dialoguer vraiment avec le lectorat. Je vois aussi un format un peu plus dynamique, des formats plus courts aussi, peut être plus explicatifs et beaucoup de décryptage.

Je prévois de me spécialiser dans le domaine de l'énergie puisque je pense que c'est un secteur qui va être amené aussi à évoluer pas mal, dans un format enquête. J'ai plus une sensibilité pour l'écrit mais je sais que ça va peut être pas aussi être forcément le plus facile, donc je vais peut-être amenée à me reconvertir dans la vidéo.

Ayou, étudiant en 2e année de licence Lettres, édition, médias et d'audiovisuel à la Sorbonne.

« Il existait sans doute des choses avec la radio mais j'ai découvert les documentaires en format podcast. Sur Arte radio, une journaliste qui avait été professeure avant a fait un documentaire où elle allait voir ses anciens élèves pour les interviewer. Un épisode sur chaque élève. C'était très très enrichissant. Du coup, je me suis mis à écouter ça grâce à internet.

L'école en France c'est un sujet qu'on doit traiter dans le futur de manière impérative. L'autre sujet qui m'intéresserait le plus dans les médias, ce serait l'alimentation. Comment faire en sorte que les gens s'alimentent mieux. »

Lisa, étudiante en 2e année en licence de Lettres édition, médias, audiovisuel à la Sorbonne.

« J'imagine et j'aimerais voir, par exemple sur des grandes buildings, c'est déjà le cas je crois au Japon des grandes pancartes numériques en fait avec les infos qui déroulent. Comme ça c'est vraiment visible directement par tout le monde, comme les dazibao en fait. Des grands titres, quelque chose de très visuel, comme ça ne parle vraiment à tout le monde.

Cécile Ravaux, journaliste spécialisée dans les innovations vertes

« C'est un peu mon combat : j'essaie de vulgariser beaucoup de termes de l'économie collaborative et l'économie circulaire. Ce sont deux sujets très importants et qui vont dans le sens des enjeux climatiques. L'idée c'est de révéler toutes ces initiatives et de communiquer dessus sous forme de vidéos. Et demain je pense que les médias, du moins dans l'environnement, seront beaucoup plus pédagogiques pour apprendre aux gens à faire des choses par eux mêmes.

Je pense qu'il y a énormément de choses qui vont se jouer sur les réseaux sociaux. Je pense beaucoup aux influenceurs, à Instagram via les stories. C'est vraiment pas simple de faire de belles stories mais je crois beaucoup en ces médias que les jeunes aujourd'hui suivent vraiment. On avance à petits pas. Tout cas, moi j'explore à petits pas. »

Crédits

Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold

Réalisation et post-production : Raphaël Bellon

Design graphique : Benjamin Laible

Communication : Laurie Lejeune

Générique et habillage sonore : Boris Laible

Production : Ginkio